Maroc : la ville de Ksar El-Kébir vidée de ses habitants face au risque de crue exceptionnelle

Rédigé le 04/02/2026
Yacine Messaoud

Maroc : la ville de Ksar El-Kébir vidée de ses habitants face au risque de crue exceptionnelle

À Ksar El-Kébir, au nord-ouest du Maroc, les autorités ont ordonné l’évacuation massive des habitants après la montée spectaculaire du niveau du barrage Oued Al-Makhazine. L’opération d’urgence illustre une mobilisation sans précédent pour faire face à une menace hydrologique majeure.

Une ville désertée face à l’alerte maximale

Depuis la fin janvier 2026, la ville de Ksar El-Kébir, dans la province de Larache, vit au rythme de l’urgence. Les autorités locales ont décrété un plan d’évacuation complet en raison du risque de crue lié au débordement du barrage Oued Al-Makhazine, principal ouvrage hydraulique de la région. Les habitants ont été invités à quitter leurs foyers dès les premières heures de la semaine, transformant progressivement la ville en un espace presque vide où les commerces ont fermé et les rues se sont silencieusement vidées.

Des images diffusées par la chaîne Al Jazeera montrent des rues désertes, des boutiques fermées et des habitants transportant leurs biens personnels vers des zones plus sûres. Des digues de terre et des barrières de fortune ont été érigées autour des points les plus vulnérables. “Nous ne savons pas où aller, mais nous devons partir”, confie une habitante âgée en larmes, symbole du désarroi collectif.

Des pluies d’intensité inédite

Le facteur déclenchant de cette mobilisation est l’augmentation exceptionnelle du niveau du barrage Oued Al-Makhazine, construit en 1969 pour réguler les crues. Selon les données des services hydrauliques, la capacité du barrage avait atteint 100% au début du mois de janvier, pour grimper à 140% à la fin du mois. Ce dépassement historique a forcé les autorités à envisager des déversements contrôlés, avec un risque direct d’inondation de Ksar El-Kébir et des localités riveraines.

Le phénomène s’explique par la conjonction d’épisodes pluvieux d’une rare intensité et d’un effet de marée sur l’oued Loukkos, qui longe la ville avant de se jeter dans l’Atlantique. Le reflux marin empêche une évacuation naturelle des eaux, amplifiant le danger d’inondations dans les zones basses.

Mobilisation logistique et militaire

Face à l’urgence, le ministère de l’Intérieur marocain a suspendu les cours dans les établissements scolaires et ordonné la préparation de centres d’accueil dans la ville voisine de Larache. L’armée royale a été mobilisée pour installer des tentes, des cuisines de campagne et des espaces d’hébergement temporaires. Les secours civils, les forces auxiliaires et les équipes du Croissant-Rouge marocain participent à l’opération.

Les autorités soulignent que l’ensemble des besoins de première nécessité — alimentation, soins médicaux et sécurité — est pris en charge par l’État. Des points de distribution de vivres et d’eau potable ont été mis en place dans les zones d’accueil.

Situation toujours critique

Mercredi matin, les autorités locales confirmaient que le niveau du barrage restait à un seuil critique, maintenant la zone en état d’alerte maximale. Les services météorologiques préviennent que de nouvelles précipitations sont attendues dans les prochains jours. Le gouvernement a appelé la population à la vigilance et a mis en place une cellule de crise chargée du suivi permanent de la situation hydrologique.

Dans la mémoire collective, cette crue annoncée marque déjà un tournant. Pour de nombreux habitants, elle rappelle les grandes inondations de la vallée du Loukkos survenues au milieu du XXe siècle, mais à une échelle aujourd’hui démultipliée par le changement climatique et l’urbanisation.

ALG247.COM — avec agences et Al Jazeera

L’article Maroc : la ville de Ksar El-Kébir vidée de ses habitants face au risque de crue exceptionnelle est apparu en premier sur ALG247.